Notre grand dossier sur l’élection présidentielle et le vote des jeunes
En cette année d’élection présidentielle, ce dossier premier vote s’attarde sur toute une génération qui s’apprête à voter pour la première fois. Un moment important, décisif et fondateur. Pour mieux comprendre ce premier vote, nous avons réalisé un grand dossier en trois parties : le contexte et les chiffres, le terrain et les premiers votants, les réseaux et les écrans.
PARTIE 1 : LE CONTEXTE & LES CHIFFRES
Deux questions : comment les jeunes abordent-ils l’élection présidentielle ? Que leur propose la classe politique ?
En 2027, les Français vont élire le successeur d’Emmanuel Macron. La campagne est déjà bien remplie : une trentaine de personnalités sont déclarées, pressenties ou envisagées, dont 19 clairement déclarées selon LCP. Les jeunes comptent beaucoup dans cette élection : 10 millions de Français de 18 à 29 ans pourront voter. Mais de qui parle-t-on exactement ? Les 18-24 ans sont la tranche d’âge la plus utilisée dans les sondages. Les 18-29 ans regroupent tous les jeunes adultes, comme le fait Ipsos bva. Et il y a les futurs primo-votants, c’est-à-dire ceux qui n’ont pas encore l’âge de voter mais qui le feront pour la première fois en 2027. Quatre millions de jeunes deviennent majeurs entre les présidentielles de 2022 et de 2027.
Pourtant, les jeunes sont ceux qui votent le moins. En 2022, 42 % des 18-24 ans ne sont pas allés voter au premier tour de la présidentielle, contre 26,31 % pour l’ensemble des électeurs. Aux législatives, 71 % d’entre eux se sont abstenus. Et aux dernières municipales, 56 % des 18-24 ans n’ont pas voté au premier tour.
Mais les jeunes ne sont pas désintéressés pour autant. D’après l’enquête Ipsos bva sur les 18-29 ans, 75 % s’intéressent à la présidentielle, 80 % ont l’intention d’aller voter et seulement 14 % pensent s’abstenir. En même temps, ils ont peu confiance en la classe politique : 78 % estiment que les responsables politiques préparent mal leur avenir. Il y a donc un paradoxe. Comment des jeunes qui se méfient autant de la politique peuvent-ils dire qu’ils veulent voter, alors qu’ils s’abstiennent souvent dans les faits ?
On peut donc se demander : comment les jeunes abordent-ils la présidentielle de 2027, et que dit leur premier vote de leur rapport à la démocratie ? Pour répondre, on regardera d’abord leurs intentions de participation et ce qui a changé depuis 2022, avec un repère historique de l’abstention depuis 2002 et une comparaison avec les 65 ans et plus. Ensuite, on verra pour qui ils pensent voter : vote d’adhésion, vote utile ou vote de rejet. Enfin, on s’intéressera aux primo-votants de 2027 : qui ils sont, ce qui les influence et ce qui peut les empêcher de voter.
Comment les jeunes abordent-ils l’élection présidentielle de 2027 ?
À quelques mois du scrutin, les jeunes disent vouloir voter, alors qu’ils s’abstiennent beaucoup d’habitude. La question est de savoir s’ils iront vraiment voter, et pour qui.
La jeunesse face à la présidentielle de 2027
Selon Ipsos bva, 55 % des 18-29 ans iront « certainement » voter et 25 % « probablement ». OpinionWay trouve des chiffres proches chez les 18-24 ans : 84 % veulent participer, mais 54 % n’ont pas encore choisi pour qui voter. Les indécis sont donc nombreux, et c’est la grande inconnue.
Avant le premier tour de 2022, 46 % des jeunes n’avaient pas prévu d’aller voter, selon l’Ifop. Au final, 42 % des 18-24 ans se sont abstenus, et 41 % au second tour. Pour 2027, l’abstention annoncée est donc bien plus basse. Mais attention : les instituts, les âges et les questions ne sont pas les mêmes, donc on ne peut pas comparer exactement.
En 2024, les législatives ont beaucoup mobilisé : la participation au premier tour a atteint 66,7 %, contre 47,5 % en 2022. Mais les jeunes étaient moins motivés que les autres : 51 % comptaient voter, contre 77 % des 70 ans et plus, soit 26 points d’écart. Aux municipales de 2026, 60 % des 25-34 ans se sont aussi abstenus au premier tour. Pourtant, 73 % des étudiants qui s’abstiennent disent qu’ils pourraient voter si l’offre politique leur correspondait mieux. La mobilisation des jeunes dépend donc beaucoup de l’enjeu de l’élection.
La comparaison avec les 65 ans et plus
L’écart entre les âges s’est agrandi. Aux législatives, au second tour de 2022, 28 % des moins de 30 ans ont voté contre 59 % des 65 ans et plus, soit 31 points d’écart, contre 25 points en 2002. Autre différence : l’abstention systématique a très peu augmenté chez les 65 ans et plus, alors que chez les 18-29 ans elle est passée de 16 % à 24 % en vingt ans.
Tableau (abstention, en %)
| Scrutin | Jeunes | 65 ans et plus |
| Présidentielle 2002, 1er tour | 37 (18-24 ans) (63 % s’étaient rendus aux urnes) | 26 (65 ans et plus) |
| Présidentielle 2007, 2012, 2017 | a vérifier | 17 (2007)21,4 (2012)21,7 (2017) |
| Présidentielle 2022, 1er tour | 42 (18-24 ans, Ipsos) | 23 (Senior, 65 ans et plus) |
Pour qui les jeunes envisagent-ils de voter en 2027 ?
Chez les 18-24 ans, la gauche radicale est largement en tête. Dans l’enquête Ipsos bva pour le Cevipof et Le Monde (septembre 2026), Jean-Luc Mélenchon est à 41 % chez les moins de 25 ans dans le scénario testé, alors que Marine Le Pen est en tête chez l’ensemble des Français, avec 33 à 35 %. OpinionWay pour CNews trouve la même tendance : entre 38 et 44 % pour Mélenchon selon les mesures, devant Marine Le Pen et Gabriel Attal dans la dernière. Les autres candidats sont beaucoup plus éparpillés.
Ce qui a changé depuis 2022. Mélenchon était déjà en tête en 2022 : 31 % chez les 18-24 ans, contre 26 % pour Marine Le Pen et 20 % pour Emmanuel Macron. Il a donc encore progressé, alors que le centre perd du terrain : dans la dernière mesure OpinionWay, Édouard Philippe est nettement en dessous de son score national chez les jeunes.
Vote d’adhésion, vote utile, vote de rejet
En 2022, au second tour, beaucoup ont voté pour faire barrage : 61 % des 18-24 ans qui ont voté ont choisi Emmanuel Macron. Pour 2027, les sondages placent Mélenchon très haut chez les jeunes, mais le donnent battu au second tour, ce qui pose la question du vote utile. Et selon Ipsos bva, les jeunes qui s’abstiennent le font plus par défiance que par désintérêt.
Les candidats et les programmes.
Les candidats essaient de séduire les jeunes. Lors d’un meeting à Clermont-Ferrand, Mélenchon a promis de supprimer Parcoursup et de donner le droit de vote à 16 ans.
Présidentielle 2027 : que proposent les différentes forces politiques à la jeunesse ?
- L’extrême gauche et la gauche : autonomie financière et accès aux études
La priorité des partis de gauche est l’autonomie durant ses études. L’objectif est de ne pas être contraint de devoir trouver un travail pour compléter les fins de mois. Pour Nathalie Arthaud, les étudiants doivent vivre au niveau du SMIC qu’elle propose d’augmenter à 2000 euros par mois. Jean Luc-Mélenchon ou encore le Parti communiste français proposent une allocation d’autonomie d’environ 1100 euros par mois. Raphaël Glucksmann, candidat Place publique, souhaite aussi imposer un revenu étudiant. De plus, il propose une hausse de la rémunération des stages de plus de 2 mois à 1000 euros minimum afin de réduire le nombre de jeunes stagiaires sous le seuil de pauvreté et mieux s’intégrer dans le milieu professionnel.
Pour ce qui est de l’accès à l’enseignement supérieur, la gauche souhaite globalement faciliter les conditions d’accès pour les néo-étudiants. Le but est que chaque élève ait une université. Pour Lutte ouvrière, la France Insoumise et le PCF s’accordent sur la suppression définitive de Parcoursup, l’augmentation de la capacité des universités à accueillir plus d’étudiants. Le parti de Nathalie Arthaud insiste plus sur la revalorisation des filières professionnelles. Du côté de la gauche social-démocrate, Parcoursup doit être réformé. Selon eux, une plateforme numérique doit toujours exister pour éviter des files d’attente pour déposer des candidatures aux universités.
B. Le centre et le centre droit : orientation, professionnalisation et engagement
Les centristes sont aussi sur cette ligne de la réforme de Parcoursup, qu’ils considèrent également comme un échec. Edouard Philippe promet une meilleure transparence du site internet. Cela passera notamment par la justification des décisions rendues par les écoles ou universités. Le maire du Havre, candidat à la présidentielle, promet également de mieux orienter les élèves dès le collège mais aussi d’avoir 50% d’écoles en alternance.
Gabriel Attal, candidat du parti présidentiel Renaissance, met l’accent sur d’autres préoccupations de la jeunesse. En effet, son « pacte pour la jeunesse » prévoit une démassification des universités pour notamment valoriser les lycées professionnels. Le député des Hauts-de-Seine se distingue sur la santé mentale des jeunes, où il engagera un plan national s’ il est élu pour lutter contre ce fléau. Enfin, il souhaite mettre en place un mois d’engagement civique obligatoire pour tous les jeunes de moins de 25 ans.
C. La droite et l’extrême droite : sélection, priorité nationale et liberté des établissements
Du côté de la droite, le sujet de la jeunesse n’est pas toujours au cœur des préoccupations. Bien que leur communication s’adresse à eux, le programme n’est pas le plus fourni. Le président de « Les Républicains » Bruno Retailleau veut rétablir une sélection stricte à l’université, mais aussi dès le plus jeune âge avec la suppression du collège unique et la mise en place d’internats disciplinaires pour les enfants perturbateurs.
David Lisnard, candidat Nouvelle énergie, intègre ses projets pour la jeunesse dans son programme économique. Parmi les mesures qui concernent notamment les jeunes, une allocation sociale unique, la baisse des cotisations patronales sur les contrats d’apprentissage ou la simplification du droit au logement. Pour les lycéens, les vœux seront hiérarchisés et confidentiels et les critères de sélection sont définis par l’école. Le maire de Cannes fait une exception pour les médecins, à qui ils souhaitent retirer Parcoursup et une sélection à l’entrée.
L’extrême droite reprend la plupart des mesures cités par la droite et intègre aussi ses mesures. Eric Zemmour, candidat sous l’étiquette Reconquête, propose aussi une sélection plus rigoureuse pour les universités et la fin du collège unique. L’objectif est de rehausser le niveau académique global et d’éviter les abandons massifs dans les filières surchargées. Le polémiste rajoute aussi une inscription payante aux universités publiques. Pour lutter contre l’absentéisme et les mauvais comportements, il propose dans ce cas-là de supprimer les allocations.
Une mesure partagée par le Rassemblement national qui veut également faire une inscription payante mais uniquement pour les étudiants étrangers qui ne sont pas en échange international. La mesure phare de Marine le Pen est la priorité nationale. Elle souhaite l’appliquer dans le cadre de l’attribution des logements du CROUS. Tous ceux ayant la nationalité française passeront avant les personnes venant de l’étranger.
Nathalie Arthaud (LO) :
- Abolition de la sélection à l’université et suppression de Parcoursup
- Soutien massif aux lycées professionnels
- Plan d’urgence sur l’amélioration des conditions d’étude
- Fin du désengagement de l’Etat dans le supérieur
- Allocation pour vivre à 2000 euros net
Jean-Luc Mélenchon (LFI) / Fabien Roussel (PCF) :
- Allocation d’autonomie universelle pour tous les étudiants.
- Suppression de Parcoursup
- Plan massif de refinancement des infrastructures
- Création de places d’université
Raphaël Glucksmann (Place Publique) :
- Repenser Parcoursup via une concertation
- Mise en place d’un revenu étudiant
- Stage de plus de 2 mois rémunéré à 1000 euros minimum
Gabriel Attal (Renaissance) :
- Pacte pour la jeunesse → démassification de l’enseignement supérieur
- Plan national pour la santé mentale des jeunes
- 1 mois d’engagement civique obligatoire avant 25 ans
- Augmenter le nombre de places dans les filières professionnels
- Baisser la durée initiale des études
Edouard Philippe (Horizons) :
- Garder Parcoursup mais l’améliorer, en rendant le processus plus transparent, avec une justification obligatoire sur les décisions des écoles
- Formation et orientation qui commence plus tôt dans le parcours scolaire
- 50% des écoles sup avec alternances
Bruno Retailleau (LR)
- Suppression de Parcoursup et rétablissement d’une sélection stricte dans les écoles sup
- Suppression du collège unique au profit de collèges et classes par niveaux
- Instauration d’internats disciplinaires pour corriger les élèves perturbateurs de moins de 16 ans
David Lisnard (Nouvelle Énergie)
- donner aux établissements d’enseignement supérieur la liberté de fixer leurs propres critères de sélection
- système de vœux hiérarchisés et confidentiels pour les lycéens
- Pour la formation des médecins, il souhaite supprimer explicitement Parcoursup
- baisse massive des cotisations patronales sur les bas salaires et les contrats d’apprentissage
- libérer le foncier et de simplifier radicalement le droit de l’urbanisme
- allocation sociale unique et simplifiée
- Suppression du collège unique
Marine Le Pen (RN)
- Augmentation des frais de scolarité dans l’enseignement supérieur pour les étudiants étrangers, en dehors des conventions d’échanges internationaux
- Port de l’uniforme obligatoire pour les écoliers et collégiens
- Application d’une politique de fermeté face à l’absentéisme et aux troubles graves répétés en classe ( suppression des allocations)
- L’attribution des logements gérés par le réseau des CNOUS / CROUS serait soumise à une règle de priorité nationale pour les étudiants de nationalité française
Éric Zemmour (Reconquête !)
- Sélection rigoureuse pour l’accès aux universités afin de rehausser le niveau académique global et d’éviter les abandons massifs dans les filières surchargés
- Inscription à l’université payante
- Application d’une politique de fermeté face à l’absentéisme et aux troubles graves répétés en classe ( suppression des allocations)
- Suppression du collège unique au profit de collèges et classes par niveaux





