Passionnée par la lecture depuis l’enfance, Louise Langlois commence à écrire dès ses 10 ans. Avant de décider, en 2016, de publier ses écrits sur Wattpad. Les choses s’accélèrent alors. Elle signe, à 20 ans, son premier contrat d’édition pour son roman Endless Fall, depuis vendu à des milliers d’exemplaires. Ce qui ne l’empêche pas de continuer en parallèle ses études en ingénierie éditoriale et communication, ainsi que son activité d’assistante d’édition en littérature française et étrangère aux éditions J’ai lu. Entretien avec une passionnée sur ses livres, les livres, sa routine de travail et son métier.
Par Cléa Cornet / Photos : @louiselanglois_
D’où viens-tu et comment l’écriture est-elle entrée dans ta vie ?
J’ai commencé à écrire quand j’avais 10 ans. Tout a commencé grâce à une remarque de ma mère. Je lui disais que quand je m’endormais, j’inventais une histoire et je la continuais de soir en soir. Ce n’était pas une nouvelle histoire par soir. C’est tous les soirs je reprenais là où je m’étais arrêtée Et un jour elle m’a dit : « mais pourquoi tu ne les écris pas ? ». Bon, j’avais 10 ans, c’était inspiré de mes poupées Monster High et la série Team Wolf. Je précise que j’inventais mes propres personnages. À l’époque, je n’avais pas d’ordinateur, vu que j’avais littéralement 10 ans. J’écrivais sur cahier, j’avais 82 chapitres. Après, j’ai eu un ordinateur, j’ai retranscrit tout ça dessus et plus tard, quand j’ai découvert Wattpad, je l’ai posté dessus.
À quel moment as-tu compris que tu voulais devenir autrice ?
J’ai compris que je voulais devenir autrice au moment où je me suis fait publier. Je n’ai jamais arrêté d’écrire depuis mes 10 ans, j’ai enchaîné les romans sur Wattpad. Quand mon premier roman, Endless Fall, est paru, ça m’a vraiment donné envie de continuer, de pouvoir continuer à rencontrer mes lecteurs, de pouvoir offrir mon livre au monde entier. Avant ça, je n’avais pas spécialement envie de faire autrice et d’ailleurs même aujourd’hui j’ai pas envie que ce soit mon seul métier.

J’ai compris que je voulais devenir autrice au moment où je me suis fait publier.
Tes parents lisaient-ils beaucoup ? Quelle place occupaient les livres dans ton enfance ?
Mes parents ne lisent pas beaucoup. En revanche, ils m’ont toujours encouragé à lire. Ils m’ont toujours acheté mes livres, je n’ai jamais eu à payer mes livres moi-même clairement. Ils ont toujours un peu rassasié mon envie de lecture. Quand j’étais petite, mon cousin m’appelait le Buzz l’éclair de la lecture. Je lisais tellement, surtout pendant l’été. Je me souviens qu’avec ma mère on faisait des opérations avant l’été. On allait acheter plein de livres parce qu’elle savait que pendant des vacances de deux semaines, je pouvais lire au moins 20 livres.
Est-ce que ton parcours personnel se reflète dans tes romans ?
Pas tant dans les évènements qui s’y passent, sauf évidemment quelques points. Par exemple, là, mon prochain roman, c’est sur un sport que j’ai pratiqué. Mais, par exemple, Endless Fall parle de patinage alors que je n’en ai jamais fait. On trouve davantage de moi dans mes personnages et leurs émotions. Dans Endless Fall, Eden (le personnage principal ndlr) est carrément mon alter ego, elle ne ressemble vraiment en tout point. Son anxiété, c’est la mienne. Toutes ses réactions à certaines situations, c’est comment j’aurais réagi. Le grand frère d’Éden, c’est vraiment ma grande sœur à moi.
Sur quoi travailles-tu en ce moment ?
Actuellement, je suis étudiante en Master deux d’ingénierie éditoriale et communication à l’université de Cergy. Je suis aussi alternante en tant qu’assistante d’édition en littérature française et étrangère aux éditions J’ai lu. Et à côté, je suis autrice évidemment. Je suis d’ailleurs en train d’écrire un nouveau roman. J’ai un deadline pour l’année prochaine. J’aime bien écrire avec une deadline parce que sinon je traîne un peu.

J’aime bien écrire avec une deadline parce que sinon je traîne un peu.
Combien de temps mûris-tu un livre avant de l’écrire réellement ?
C’est hyper aléatoire. Je n’ai pas vraiment de process défini. Là, celui que je suis en train d’écrire, je savais depuis des années que je voulais l’écrire, j’ai attendu le bon moment et la bonne histoire. Je vais sortir un mot qui n’existe pas là : il y a une certaine « maturation » de mes projets pendant un certain temps.
C’est hyper bizarre, mais j’ai grave l’écriture instinctive. Donc je sens quand je peux commencer mais aussi quand je ne peux pas encore commencer à écrire. Le seul truc qui ne bouge pas, c’est ma playlist. J’ai toujours la playlist du roman avant d’écrire le roman. Je ne peux pas écrire un roman si je n’ai pas la playlist, c’est impossible ! J’ai une grosse playlist pendant l’écriture. La musique amplifie mes émotions. Quand j’écris, il peut m’arriver de mettre une musique en particulier, qui démultiplie mes émotions sur une scène. Il peut m’arriver de la mettre en boucle jusqu’à ce que j’ai fini d’écrire la scène. Quand c’était un sport artistique comme le patinage artistique, j’avais mis plein de chansons qui auraient pu correspondre à la routine d’Éden dans le pendant une compétition par exemple.
Tu écris notamment sur le harcèlement : pourquoi ce thème est-il central dans ton travail ?
C’était un thème que je voulais aborder. Je ne sais pas vraiment pourquoi parce que je n’en ai pas nécessairement vécu moi. Mais quand j’ai imaginé Enless Fall, j’avais deux idées en tête : le patinage artistique et le harcèlement. C’était mes deux premières idées. Après j’ai tissé autour, j’ai ajouté le hockey, j’ai ajouté la bande de potes. Mais c’était un sujet que je voulais aborder. En fait, j’ai un peu une liste mentale de tous les sujets que j’aimerais bien aborder dans mes livres. Il y a des trucs qui reviennent souvent : la santé mentale, la dépression tout ça, ça revient dans pratiquement tous mes livres, sans que je le fasse exprès.
As-tu des rituels d’écriture ? Des moments précis de la journée où tu écris ?
Je n’ai pas de routine d’écriture précise, je peux vraiment écrire partout tout le temps. J’aime beaucoup écrire dans des cafés, mais je n’ai pas beaucoup de temps à y consacrer. Sinon, c’est chez mes parents ou dans mon lit ou dans mon canapé ou à mon bureau. Ma vraie routine d’écriture, c’est la musique et une boisson froide, peu importe ce que c’est. Pas du thé, pas du café : une boisson froide, c’est très important. Et une bougie.
À quels moments t’inspires-tu d’autres formes artistiques ou de la réalité ?
L’inspiration tombe à tout à tout moment, je ne vais pas la chercher spécialement. Ça peut vraiment être n’importe quoi. Un panneau publicitaire par exemple, ça m’est déjà arrivé. Vraiment, ça peut-être à tout moment.

Ma vraie routine d’écriture, c’est la musique et une boisson froide, peu importe ce que c’est. Pas du thé, pas du café : une boisson froide, c’est très important.
Visualises-tu tes scènes comme des films lorsque tu écris ?
Franchement, dans ma tête, mes romans sont comme des films et des séries. Je sais qu’il y a des gens qui n’ont pas du tout d’image en tête quand ils lisent, ils n’ont que les mots. Moi, ce n’est pas du tout le cas, c’est pour ça que je peux faire des posts sur Instagram avec des personnes qui incarnent les personnages, parce que j’ai une idée hyper précise de ce à quoi ils ressemblent, de ce à quoi ressemblent les décors qui sont autour d’eux. En fait, de base, mes romans se passent dans le monde réel. Je sais dans quel lieu ça se passe, donc je peux regarder sur Google à quoi ressemble tel ou tel lieu. Donc oui, franchement, c’est hyper cinématographique dans ma tête. Et surtout, comme je regarde beaucoup, beaucoup de films en anglais, même les dialogues se déroulent comme une série dans ma tête et après je suis obligée de traduire. C’est-à-dire que j’imagine les dialogues en anglais, je les imagine parler. Et après je suis obligée de traduire et ça rend moins bien en français et ça me frustre.
Quels films ou séries t’inspirent particulièrement ?
En fait, je ne regarde pas énormément de films, je suis un peu inculte cinématographiquement parlant, j’avoue. Et quand je regarde des séries, c’est vraiment des trucs pour me détendre. Pour le coup, les livres, c’est plus factuel. Il y a vraiment des fois où je vais lire un livre et me dire « ah cette tournure là, elle est bien, il y a moyen que je la retienne » et d’autres fois où c’est inconscient. Tu vas réutiliser un mot que tu viens de lire, une tournure de phrase, et tu ne t’en rends même pas compte. Après, on a tous nos auteurs un peu fétiches et chouchous. Les adaptations des livres de John Green, je trouve qu’elles sont toutes réussies. Mon livre préféré c’est « qui es-tu Alaska ? » de John Green. Ils ont fait une série sur ce livre, je la trouve hyper fidèle alors que vraiment, j’avais trop peur parce que c’est un livre un peu difficile à retranscrire. Même moi, quand on me demande de le résumer, je ne peux pas tant il est vraiment dur à résumer. Et franchement la série est hyper fidèle, elle est trop cool !
Imaginerais-tu l’un de tes livres adaptés au cinéma ?
J’ai grave la vision. Franchement, j’aimerais trop ! Je pense que La parole des étoiles serait plus un film là où Enless Fall et Silence Fall pourraient être une série. Mais j’ai trop la vision franchement ! Moi je suis trop motivée, en fait tout est déjà dans ma tête.
Quelle place la littérature occupe-t-elle aujourd’hui selon toi ?
J’ai l’impression qu’on dit souvent que les gens ne lisent pas énormément, or c’est faux. On est vraiment tous entourés de livres. Pour devenir lecteur, il faut juste trouver le bon livre. On a tous un appétit pour la lecture. Certain ont été traumatisés par les livres de l’école. Il y en a qui se sont arrêtés à ça, alors qu’il faut juste chercher un peu plus loin. Après, beaucoup manquent aussi de temps. Je vois mes parents, ils lisent uniquement l’été. C’est aussi une affaire de génération, parce que moi par exemple, même si je n’ai pas énormément de temps, je lis sur ma liseuse dans le métro, le soir, etc. Ma mère, ça ne lui viendrait pas l’idée de lire sur son téléphone.
Est-ce que tu lis encore des classiques ? Est-ce grave de ne plus les lire ?
Je suis dans la « demi-mesure », c’est-à-dire que je trouve que c’est important de les lire parce qu’ils apportent toujours quelque chose. Mais je comprends aussi ceux qui disent que c’est inaccessible. J’adore la littérature, j’adore la lecture, mais moi aussi lire Balzac, ça m’a saoulé. Cependant, certains classiques peuvent vraiment apporter quelque chose. Je pense que certains classiques peuvent correspondre à nos attentes. C’est-à-dire que tout le monde ne peut pas lire Balzac, tout le monde ne peut pas lire Proust. Personnellement Proust, je trouve ça indigeste. En revanche, j’adore Zola. Le mec est complètement fou, mais je l’aime bien. Donc, je trouve que c’est important et en même temps je suis contre l’élitisme. Il ne faut pas non plus ériger les classiques de la littérature sur un piédestal.

J’adore Zola. Le mec est complètement fou, mais je l’aime bien.
Est-ce que tu te sens parfois proche du rôle d’influenceuse culturelle ?
Je sais que quand je poste quelque chose, les gens y font vraiment attention. Par exemple, quand je fais une soirée pour parler de tel ou tel livre, il y a souvent des gens qui me disent « ah bah je vais l’acheter ». Lorsque j’organise des FAQ, beaucoup de gens me remercie ensuite d’avoir répondu à leur question.
Comment vis-tu les séances de dédicaces ?
De base, je suis plutôt timide. Quand j’ai commencé les séances de dédicaces, j’avais vraiment très peur de ne pas être à l’aise. En fait, ça m’a vraiment aidé à être plus à l’aise avec les gens. J’ai beaucoup de lecteurs qui sont très timides, du coup c’est moi qui doit faire le pas vers eux. J’ai gagné en assurance et en relationnel. Le rythme des dédicaces, je le vis bien. Le plus fatiguant, ce sont les transports plus que la dédicace en elle-même. Évidemment, ça demande de la batterie sociale, surtout quand ce sont des salons. Pour autant, ça vaut le coup, je ne regrette pas du tout. Toute la semaine, je suis Louise la travailleuse et l’étudiante. Le samedi, je suis enfin Louise l’autrice, et c’est ce que je préfère être. C’est ma partie préférée du métier : être avec les lecteurs et voir que ce que je fais ne sert pas à rien. C’est une consécration. Nous, en tant qu’auteur, on est hyper dur envers nous-mêmes quand t’es toute seule devant ton texte et tu te dis c’est vraiment nul, nul, nul. Parfois quand t’es là dans les corrections, tu te dis « donc là dans trois mois les lecteurs ils auront ça entre les mains, c’est éclaté ». Et après tu arrives aux dédicaces, les gens te disent : « c’est mon livre préféré, ce livre m’a sauvé la vie ». Là, tu te dis ce que tu écris ça a du sens et de l’importance. Ça peut changer la vie de gens.

Tu arrives aux dédicaces, les gens te disent : « c’est mon livre préféré, ce livre m’a sauvé la vie ». Là, tu te dis ce que tu écris ça a du sens et de l’importance.
As-tu déjà vécu un moment particulièrement drôle ou gênant ?
Oui, il y en a eu plusieurs. Déjà, le fait que je sois présente sur les réseaux sociaux et plutôt accessible donne l’impression aux gens qu’on est potes et du coup, tu as une relation parasociale. Il y en a où ça passe et il y en a oqui sont vraiment beaucoup trop à l’aise, ils ont l’impression qu’on est bestie. Une fille par exemple est venue me voir pour me dire : « alors j’ai lu ton livre, je n’ai pas beaucoup aimé, mais est-ce que tu peux quand même dédicacer mon carnet« . Je dédicace son carnet, et là elle me tend des senteurs, en me disant que je peux choisir l’odeur que je préfère. J’en choisi une et elle me donne un sachet de bougie en forme de pénis. J’étais vraiment choquée, je me suis dit que je venais quand même de faire face à une énergumène très étrange.
Pour finir, quels sont tes projets et objectifs pour la suite ?
J’ai envie de continuer à être autrice, mais je n’ai pas assez d’audace pour n’être que ça. Ce n’est pas un métier assez stable. Donc je préfère avoir un métier de sécurité à côté, c’est pour ça que j’ai envie d’être éditrice aussi. J’ai envie de réussir à balancer les deux. Surtout, j’aurais trop peur que si j’étais qu’autrice, ça m’enlève ma passion, que ça devienne mon gagne-pain que ça me mette trop la pression. Je ne veux pas écrire pour écrire, au final ça n’a plus de sens.






